Je m'appelle Brian Katunansa, je suis originaire de Zambie et je travaille à Kinshasa au Congo dans une maison de formation de la SMA. Nous sommes 20 personnes. Il y a 18 étudiants dont 8 de la Centrafrique, les autres sont du Congo. Quatre sont étudiants en propédeutique au sein d'un consortium de plusieurs congrégations, les cours ont lieu dans la maison SMA. Les autres sont étudiants en philosophie et suivent les cours à l'extérieur.
Concernant les élections, après le six décembre, il y avait de fortes tensions, elles avaient commencé bien avant cette date, durant toute la préparation des élections. Dans notre maison de formation, c'était très difficile, car il était dangereux de sortir et nous devions faire des provisions. L'électricité est aléatoire, il nous faut trouver des denrées non périssables, des conserves. Difficile de conserver des produits frais avec des réfrigérateurs qui ne fonctionnent pas régulièrement. La psychose et les dangers étaient très présents. Les étudiants n'allaient plus à l'Institut et les professeurs non plus. Nous avons vécus deux semaines à la maison sans sortir. Après les élections, la violence s'est poursuivit, les militaires étaient partout dans le pays. Nous avions peur car les gens s'entretuaient, il régnait un silence de mort, les chars militaires patrouillaient dans la ville.
Après la déclaration de notre cardinal, qui a dit que les résultats des élections n'ont pas reflété la réalité des urnes, il y a eu des tensions entre l'Église et l'état. Il devenait dangereux de se présenter comme prêtre ne sachant pas à qui nous avions à faire. Certains politiciens ont commencé à insulter le cardinal, ils l'appelaient Monsieur Monsengo, puisqu'il fait de la politique. Les prêtres se sont réunis et au cours de la messe ils ont réaffirmé leur soutien au cardinal en demandant que les insultes cessent sinon, ils sont prêts à manifester.
L'opposant Etienne Tshissékédi a prêté serment dans son quartier général et a constitué son gouvernement, mais cela n'a pas eu d'impact véritable. Le président Kabila a prêté serment devant toutes les institutions. Le calme semble revenu même si la psychose demeure. Les observateurs internationaux ont reconnu qu'il y a eu des irrégularités, le président lui-même a reconnu cela mais il affirme que cela n'a pas remis en question les résultats définitifs. Il est vrai que le pays est vaste, il y avait 11 candidats à l'investiture présidentielle mais aussi près de 18 000 candidats pour 500 sièges de député. Pour voter, c'était donc tout un livre qu'il fallait parcourir pour retrouver le numéro de la personne favorite ainsi que la page. Le comptage pour les députés n'est pas encore terminé.
Mon rôle de supérieur de maison dans ce contexte est très difficile. J'ai des Centrafricains qui ont connu eux aussi la guerre, j'ai les étudiants qui ont grandi dans un milieu où la tricherie et la corruption règnent en maître. Les infrastructures sont pour ainsi dire inexistantes, en ce moment, dans la maison, nous n'avons pas d'eau, la pompe est hors d'usage, nous dépendons de l'eau de pluie et je suis obligé d'aller chercher moi-même l'eau pour une vingtaine de personnes par des pistes défoncées. Comme l'électricité tombe en panne, je dois emporter le congélateur dans une zone où l'électricité fonctionne. La vie n'est pas facile mais Dieu donne toujours le courage de tout surmonter et d'aller de l'avant.
Je suis, en ce moment, en réunion avec les supérieurs des maisons de formation. Nous échangeons sur nos expériences respectives et cela nous permet de dessiner des directives communes. Ensembles, nous pouvons réaffirmer le charisme de la SMA. Nous sommes en train de parler du financement des maisons qui sont dans le besoin alors que le contexte mondial est difficile. Nous devons prendre quelques mesures concernant les allocations des étudiants, nous allons inviter les familles des étudiants à soutenir d'avantage leurs enfants. Nous échangeons aussi sur la grille d'évaluation, elle est très importante. Avec la diversité des structures : districts, régions, conseil général, Il nous est parfois difficile de savoir qui contacter pour tel ou tel problème. Nous allons donc harmoniser tout cela.
P. Brian Katunansa, sma
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